Shaïna


Reine du Levant, impératrice de l'univers.



Je suis Shaina Musa Cléopatra, Reine du Levant, Impératrice de l’Univers.



 

 « Les dieux n’existent pas ! »

 

Ses douces lèvres vinrent caresser à nouveau celle du Romain. Elle posa son index sur la bouche de Silius et lui dit :

 

 « Je suis l’enfant de la honte. »

 


 

« Je suis Shaina Musa Cléopâtra reine du Levant, Impératrice de l’univers. Le fruit mortel de l’union de la reine Musa, reine du Levant, fille de la reine d’Egypte Cléopâtre et d’Antoine… avec son fils. Oui, tu as bien entendu, je suis le fruit issu des entrailles d’une mère fécondée par son propre garcon. Je suis l’enfant de l’inceste. Je suis la honte la plus redoutée par chaque Romain. »

 

 

 

 

 

 

Une légère brise se leva, chargée d’un son lointain. Silius tendit l’oreille. Il discerna d’abord une percussion, lente et profonde. Petit à petit, cette frappe se faisait plus présente, plus intense. Le cœur du jeune romain battait au rythme de ces tambourins. À présent, il entendait clairement une mélodie. Intrigué, il quitta le bassin et se dirigea vers cette musique. Un parfum doux et pimenté à la fois enchantait les arcades. Une légère brume dégagée par les encens odorants enveloppait Silius, qui sentait son cœur palpiter fortement. Était-ce le rythme de cette musique et ces tambours de plus en plus proches, ou simplement l’appréhension de ce qui allait surgir sous ces arcades ? Les parfums eux aussi exhalaient des odeurs plus intenses. Le jeune homme ne bougeait plus. Ses yeux fixaient l’entrée du péristyle. Les lourdes portes du palais qui communiquaient avec ce jardin étaient grandes ouvertes. La musique, les parfums et les fumées dégagées par les encens provenaient de cet antre aussi luxueux que dangereux, ils semblaient souffler sur Silius, figé contre une colonne. Tout ceci l’envoûtait, au point que chacune de ses respirations le plongeait dans une transe. Les musiciens apparurent. La musique se fit plus douce. Puis jaillirent de cette brèche murale de petits esclaves aux cheveux couleur or, ayant pour seul habit une feuille de vigne recouvrant leur sexe. Ils étaient innombrables, chacun d’eux tirait un ruban de soie qui disparaissait dans le palais. Des porteurs d’encens se mirent à courir sous les arcades pour le répandre dans tous les recoins. De jeunes nymphes complètement nues firent leur apparition. Aussitôt, des milliers de pétales de fleurs exotiques volèrent et arrosèrent les lieux. Les nymphes ne cessaient de ramasser ces pétales au sol pour les rejeter au plus haut, afin que cette douce pluie ne cesse jamais. Soudainement, les rubans de soie se tendirent.  Les jeunes esclaves stoppèrent et plaquèrent leur face à terre. Les rubans semblèrent s’élancer du sol pour traverser les portes et finir dans les cieux. Ils annonçaient une divinité. La tension des messagers se relâcha. Surgie de l’intérieur du palais, la déesse des déesses apparut. Silius, toujours figé contre sa colonne, était pétrifié. Il était pareil à toutes les statues qui ornaient ce nid de serpents. La divinité fit quelques pas en avant, puis stoppa sa marche céleste. Elle était recouverte d’un voile de soie très fin et de couleur feu. Tous les rubans étaient reliés à un collier de perles qui entourait sa gorge. Rapidement, les nymphes mirent fin à la pluie de pétales pour libérer la déesse du collier de perles et des rubans. Ceux-ci glissèrent le long de son corps avant de heurter brutalement le sol. Les nymphes, dans un gracieux ballet, ôtèrent le voile de soie, et la beauté de cette divinité se découvrit franchement.

 

À cette apparition, Silius se présenta à elle sans mots dire. Hébété devant une telle splendeur, il s’agenouilla et baissa la tête. Une douce main couverte de bijoux d’or fin exhiba de longs doigts aux ongles colorés lui caressa la joue droite et redressa sa tête. Silius découvrait ce qu’était la grandeur. Une coiffe aussi noire que les ténèbres maintenait au sommet d’un visage légèrement métissé un somptueux diadème de métal précieux finement ciselé. L’épais frontal d’or agrippait une cascade de fines pierres d’émeraude et de rubis cousus entre eux par des fils d’or. Ses yeux  d’un bleu azur étaient aussi purs que ses dents étaient blanches, bordées par une large bouche aux douces et minces lèvres roses. Sa poitrine était recouverte d’un dragon d’or, gueule ouverte. Silius faisait maintenant face à une créature revêtue de lumière, de pierres et d’or, dont les seins dressés défiaient le monde, aussi farouches et fiers que des soldats spartiates. Il n’osait poser son regard sur l’intimité à demi-dévoilée de cette créature céleste, seulement recouverte d’une ceinture de soie sertie d’innombrables pierres précieuses. Sur ses pieds étaient peints des motifs orientaux. Aucun sculpteur sur cette terre n’aurait été capable de représenter une telle œuvre. Avant même que Silius n’ait pu poser sa question, d’une voix douce et ferme elle lui répondit :

 

« Je suis Shaina Musa Cléopatra, Reine du Levant, Impératrice de l’Univers.